L’Incarnation de l’Elu, par Papus

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Portrait de Monsieur Philippe rédigé par Papus dans la revue L'Initiation de mars 1896.

« Sur un fond d’un bleu sombre, je vois un merveilleux paysage astral où chaque être, chaque plante se distinguent par une lumière très douce qu’ils émanent. Puis je vis apparaître une longue théorie d’Esprits lumineux dont le visage indiquait une grande douleur. Tout en avant, un être voilé venu d’un monde supérieur enveloppait de sa lumière éclatante un autre Esprit dont on devinait l’élévation à son intense rayonnement. C’était là le groupe des ancêtres venant présider à la mort sur le plan astral et à la naissance sur le plan matériel d’un fils chéri entre tous les fils de l’homme.
Alors il me fut permis d’entendre en mon humble esprit la voix de l’être ailé, et cette voix disait : "Parvenu au terme de ton ascension, ta prière s’est élevée jusqu’au trône de l’Ineffable, et tu as demandé de souffrir encore, toi dont la souffrance s’était éloignée ; tu as imploré la descente dans la sombre matière physique, toi dont la matière était définitivement illuminée ; et tu as dit
O Père céleste, O vierge dominatrice des constellations, permets-moi, maintenant que le cycle de mes personnelles douleurs est terminé, de redescendre et de souffrir encore pour ceux qui te méconnaissent et qui meurent en leur âme pour ne t’avoir point senti..."
Ta prière, créature belle entre les créatures, fut alors élevée à l’existence réelle par une larme de la céleste Vierge, et je naquis, et je reçus l’ordre d’être ton idéal et ton ami alors que les barrières corporelles briseraient tes lumineuses émanations.
Ecoute...
Voici le Destin créé par ta demande et que le Père veut te révéler quand il est temps encore.
C’est sur la plus terrible des planètes que ton corps naîtra, et le sombre Destin à qui tu déclares la guerre par ton sacrifice sublime, demande que les obstacles les plus grands se dressent devant ta volonté. Tu naîtras pauvre et humble, condamné à l’humiliation et aux tâches les plus rudes. Les pouvoirs que te confère ta décision, nul ne peut te les arracher ; mais ils seront vains pour toi et pour toi et pour tes proches, et tu seras incapable de commander à l’esprit de ton propre enfant, alors que tu auras tout pouvoir sur les étrangers, et ce sera encore là une source d’humiliation car les aveugles diront : "Regardez donc ce trompeur qui prétend guérir les autres et qui ne peut pas empêcher la maladie et la mort d’atteindre ses enfants !". Car telle est la loi, l’Humanité t’appartient, mais ta famille appartient intégralement, ainsi que ton corps, à ton ennemi, le Destin.
Il est temps encore, O mon Créateur ; détruis-moi par un nouveau désir, et l’image de ton incarnation sera détruite et tu resteras au milieu des tiens.
Tous les cœurs des ancêtres émirent de suppliants désirs à ce moment, et, cependant, l’esprit du Sacrifié dit : "Je prierai Dieu de me donner la force de l’aimer toujours et je supporterai la raillerie des hommes".
Alors, la voix de l’Etre ailé reprit :
Ce n’est pas tout encore ; les créatures du Destin, les méchants te traîneront devant les tribunaux des hommes et, là, ton ennemi se dressera et te dira : "Dis l’origine de tes pouvoirs ; montre à tes juges qui tu es ; aie la fierté de leur dire combien tu leur est supérieur, et je m’allierai à toi et je les écraserai, et tu sortiras du tribunal avec l’auréole des prophètes et des rois, et les riches seront tes esclaves et te couvriront d’or. Si tu refuses, c’est la condamnation humiliante et sans recours… Ce sont les pleurs et les angoisses de tes proches".
Que répondras-tu à ton ennemi ?
– Que Dieu m’accorde cette terrible épreuve et je dirai au Destin : "Je suis né dans la pauvreté et c’est par l’humilité que je veux progresser. Tu m’offres la puissance issue de l’orgueil, et c’est par ce piège que tu saisis dans le principe le Désir d’Adam. Arrière ! trompeur, et que la condamnation du tribunal des hommes disant que les hommes ne m’ont pas donné le droit de guérir, vienne, et elle sera reçue et je la recevrai avec reconnaissance, si elle peut servir à l’évolution de l’esprit de mes juges. Car, dans le monde des hommes, je suis le serviteur des lois des hommes, et je m’inclinerai avec respect devant elles. Je suis venu pour les ignorants et pour les pauvres ; qu’ai-je besoin de l’or et des compliments des riches !... Que ma souffrance soit bénie en notre Père".
Alors l’Etre venu des cieux supérieurs dit encore : "O mon créateur, tu n’as pas voulu me priver de l’existence que m’a donnée ton désir de souffrir de nouveau. Sois béni et écoute encore ma voix :
Oui, tu seras un humble, et cette humilité même sera la preuve de ta grandeur aux yeux des voyants ; car les humbles seuls sont marqués du sceau de l’agneau, et les orgueilleux sont marqués du sceau de la fausse lumière. Tu enseigneras aux hommes la certitude de la bonté de Dieu et le mépris de la volonté, et tu seras écouté par les pauvres et les élus. – Va, mon créateur aimé, descends dans la matière et, quand tu rentreras triste et découragé, appelle-moi et je te servirai comme les anges ont jadis servi notre Christ dans le désert. Va et dis aux élus qui te demanderont la clé de ton pouvoir : "Je ne suis rien, je suis moins que rien, mais j’ai un Ami bien puissant qui m’apprend à souffrir et à prier… Va et sois béni... "
Et il ne me fut pas permis d’écrire le mystère de cette incarnation quand onze élus passèrent par le soleil pour accompagner Celui qui revenait volontairement sur la terre ; et les onze arrivèrent au soleil cinq années après la moitié du siècle. »[1]

Notes et références

  1. PAPUS, L’Initiation - Revue philosophique indépendante des hautes études, mars 1896, repris in ENCAUSSE Philippe, Le Maître Philippe, de Lyon - Thaumaturge et "Homme de Dieu", Editions Traditionnelles, 2003, pages 53 à 55